« Que vont devenir ces jeunes ? » La question de Liliane Allemand, représentante de la mairie de Vézénobres, résume les inquiétudes exprimées ce jeudi matin à la Maison familiale rurale (MFR). À l’initiative de la Région Occitanie, cette rencontre réunissait des élus, des enseignants, des professionnels et cinq élèves de terminale pour alerter sur les conséquences de la baisse annoncée des financements de l’apprentissage. La rencontre s’inscrivait dans une mobilisation organisée ce jeudi à l’échelle de l’Occitanie, avec une centaine de rendez-vous annoncés par la Région.
Fin juillet, le gouvernement a annoncé la suppression, à partir de 2027, des crédits des Régions consacrés à l’apprentissage, ainsi que de l’enveloppe du Pacte régional d’investissement dans les compétences (PRIC) dédiée à la formation des demandeurs d’emploi. Selon la Région, cette décision représenterait une perte de près de 100 millions d’euros pour l’Occitanie.
« Si ça se faisait vraiment, ça voudrait dire que nous ne pourrions pas accompagner des propositions et des demandes d’apprentissage l’année prochaine », alerte Jean-Luc Gibelin, vice-président de la Région Occitanie. L’objectif de cette matinée était de donner la parole aux personnes directement concernées et de rendre visibles les conséquences concrètes de ces coupes budgétaires.
« Elle voulait me prendre en apprentissage, mais elle n’a plus les aides »
À la MFR de Vézénobres, qui accueille 225 élèves et compte 18 formateurs, les témoignages des jeunes ont illustré les difficultés déjà rencontrées pour accéder à l’apprentissage. Jade, élève en conduite et gestion de l’entreprise hippique (CGEH), a raconté son expérience. Lors d’une précédente année, elle avait pu découvrir le monde professionnel grâce à un contrat d’apprentissage. Cette année, son employeuse n’a pas pu la reprendre, faute d’aides suffisantes, alors même qu’elle souhaitait poursuivre leur collaboration.
« Elle trouvait que je faisais du bon travail, mais si les aides ne suivent pas, forcément, elle ne peut pas me prendre », explique l’élève. Le passage à 18 ans, qui entraîne une hausse de sa rémunération, a également pesé dans la décision de l’employeuse.
D’autres jeunes présentes ont décrit des situations similaires. Certaines ont enchaîné les stages sans parvenir à décrocher de contrat, malgré l’intérêt d’entreprises prêtes à les accueillir. L’une d’elles explique avoir effectué plusieurs stages dans une même structure, qui envisageait finalement de la recruter en apprentissage. Mais les contraintes financières ont empêché la concrétisation du projet.
Pour ces élèves, l’enjeu est aussi celui de l’autonomie. « C’est toujours bien de pouvoir être rémunéré pour le travail qu’on fournit », souligne l’une d’elles. À l’approche de la majorité ou de la poursuite d’études supérieures, le salaire constitue un moyen de financer le permis de conduire, les déplacements et les dépenses du quotidien.
L’agriculture confrontée à la transmission des savoir-faire
Au-delà des parcours individuels, les participants ont insisté sur les répercussions possibles pour les entreprises agricoles. Christelle Mounier, formatrice et relais qualité à la MFR, constate les difficultés rencontrées par certains employeurs : « Aujourd’hui, les agriculteurs ont du mal à se dégager un salaire. Quand des jeunes arrivent et qu’ils n’ont pas d’aide, les professionnels nous disent qu’ils n’arrivent pas à rémunérer un jeune. »
David Charmasson, parent d’élève, maître de stage et professionnel du secteur, souligne lui aussi l’importance de l’apprentissage dans des métiers qui s’acquièrent autant sur le terrain qu’en cours. L’alternance permet aux jeunes de découvrir les contraintes du métier, mais aussi d’acquérir progressivement les compétences nécessaires à leur autonomie.
« Une exploitation sur deux ou trois n’a pas de repreneur », avance-t-il, en évoquant les difficultés de renouvellement des générations dans le monde agricole. Pour lui, empêcher des jeunes de découvrir ces métiers ou de se former dans de bonnes conditions risque d’aggraver encore les problèmes de transmission.
Les cycles de production, les conditions météorologiques et l’évolution des cultures ou des animaux imposent du temps. « Ce n’est pas un stage de découverte de trois semaines », rappelle un participant. La formation pratique doit s’inscrire dans la durée pour permettre aux futurs professionnels de maîtriser leur métier.
La Région veut alerter le gouvernement
Présent à Vézénobres, Jean-Luc Gibelin, vice-président de La région Occitanie, a rappelé que la mobilisation visait à peser sur les discussions autour du budget 2027. La Région entend notamment réinsister auprès de Bercy sur les conséquences de la suppression des crédits et a adressé un courrier aux parlementaires pour les appeler à défendre les financements de l’apprentissage et de la formation professionnelle.
« Ce n’est pas qu’une question de crédits. Derrière ces crédits, il y a des trajectoires de vie, des entreprises qui sont directement percutées », insiste le vice-président régional.
Pour les établissements, les conséquences pourraient également toucher les investissements, les dispositifs d’accompagnement et les moyens humains nécessaires au fonctionnement des formations. À la MFR de Vézénobres, les participants redoutent ainsi que des jeunes motivés se retrouvent privés de contrats, non pas faute d’employeurs intéressés, mais parce que ces derniers ne pourront plus assumer le coût de leur accueil.