Publié il y a 1 h - Mise à jour le 23.09.2026 - Romain Fiore et Corentin Dimanche - 5 min  - vu 190 fois

FAIT DU SOIR La CCI et la commune de Deaux main dans la main pour vendre l'aérodrome

Giraudier Salles

Éric Giraudier, président de la CCI du Gard et Didier Salles, maire de Deaux. 

- Romain Fiore

Après plusieurs mois de rebondissements, le dossier de l’aérodrome de Deaux semble enfin avancer. La CCI du Gard et la commune travaillent désormais à la concrétisation d’une vente du site à la mairie, qui porte un projet de reconversion autour du photovoltaïque. Alès Agglo, qui n'est jamais parvenue à peser sur le dossier, est notamment mise en cause.

Le long livre de l’aérodrome de Deaux continue de s'écrire. Après des années de discussions, plusieurs appels à projets et une récente passe d’armes entre la Chambre de commerce et d’industrie du Gard, la mairie de Deaux et Alès Agglomération, le dossier prend définitivement le chemin d'une vente à la commune.

L’information a été annoncée mardi soir par Éric Giraudier, président de la CCI du Gard, à l’occasion de la Rentrée économique de la chambre consulaire. Contactée cette semaine, la CCI a confirmé que le projet de rachat par la commune de Deaux était désormais en voie de concrétisation. Une information également confirmée par Didier Salles, le maire de la commune.

éric giraudier
Éric Giraudier, président de la CCI Gard • Photo CCI

Un dossier qui a longtemps patiné

Cette avancée intervient quelques mois après une nouvelle tentative de sortie de crise. En juin dernier, le projet porté par Altarea semblait pouvoir débloquer la situation avec une offre au prix demandé par la CCI, autour de 2,6 millions d’euros, et un investissement global annoncé à 15 millions d’euros. Le projet prévoyait notamment de maintenir une partie de l’activité aéronautique tout en développant une importante composante photovoltaïque.

Mais les discussions avaient finalement laissé place à une nouvelle période d'incertitude. Au conseil communautaire d'Alès Agglomération, le sujet avait même provoqué des échanges particulièrement tendus. Christophe Rivenq avait alors réaffirmé son opposition à l'idée de voir l'agglomération débourser 2,6 millions d'euros pour acquérir un équipement qu'il considère comme historiquement lié au territoire. Le président d'Alès Agglomération avait également défendu le maintien de la vocation aéronautique du site.

Giraudier Salles
Éric Giraudier, président de la CCI du Gard et Didier Salles, maire de Deaux.  • Romain Fiore

Quelques jours plus tard, Éric Giraudier et Didier Salles avaient choisi de monter au créneau ensemble pour défendre leur position. La CCI expliquait alors que la vente était liée à ses obligations de désengagement de certains équipements et que plusieurs conditions devaient encore être réunies. De son côté, le maire de Deaux présentait déjà son ambition : permettre à la commune de devenir propriétaire des quelque 45 hectares afin de maîtriser elle-même leur devenir.

Deaux veut reprendre la main

Trois mois plus tard, la commune de Deaux est désormais en passe de racheter directement l'aérodrome à la CCI. L'objectif affiché reste celui présenté cet été : reconvertir le site autour d'un projet photovoltaïque, tout en conservant une partie du foncier et en développant plusieurs activités autour de la production d'énergie.

Le projet présenté par Didier Salles prévoit notamment l'installation de panneaux solaires sur une partie des 45 hectares, tandis que les espaces boisés seraient conservés. La commune évoque également un volet pédagogique, une zone consacrée aux nouvelles énergies et un parcours sportif et pédagogique autour du site. Selon les estimations communiquées par la mairie, les retombées fiscales pourraient aussi profiter à Deaux, à Alès Agglomération, au Département et à Vézénobres, détenteur de 17 hectares.

Didier Salles, maire de Deaux

Pour autant, la vente ne signifie pas une disparition immédiate de l'aérodrome. Le déclassement administratif du site constitue toujours une étape importante avant la vente définitive et la mise en œuvre du projet. Lors de la dernière communication de la CCI et de la mairie, ce déclassement était envisagé entre la fin de l'année 2027 et le début de 2028.

Salles et Rivenq, Deaux à dos

Pour Didier Salles, la question est désormais de savoir ce que la commune peut faire de ces quelque 45 hectares. Depuis 2023, le maire assume clairement son choix : « On a besoin de foncier, pas d’un aérodrome ». Trois ans plus tard, le maire maintient cette ligne.

Pour Pierre Meurin, député de la 4ᵉ circonscription dont fait partie Deaux, la perte de l'activité aéronautique reste malgré tout un "grand gâchis" et le symbole du "déclassement du bassin Alésien". Il garde néanmoins une "lueur d’espoir" tant que les procédures administratives ne sont pas définitives.

Pierre Meurin

Sur la question du financement du futur rachat et du projet, Didier Salles reste toutefois prudent et ne souhaite pas dévoiler l'ensemble des éléments avant leur présentation officielle. Le plan de financement doit justement être présenté et voté lors du prochain conseil municipal, ce pourquoi le maire botte pour l'heure en touche lorsqu’il est question de le détailler. Il insiste en revanche sur un point : « Toutes les pistes coûteront zéro euro aux contribuables deauxois. »

Didier Salles
Didier Salles a présenté le projet photovoltaïque de sa commune.  • Romain Fiore

Cette avancée ne met pas fin aux tensions avec Alès Agglomération. Bien au contraire. La récente sortie consacrée au dossier dans le Journal d'Alès Agglo aurait particulièrement fait réagir les élus deauxois. Le maire considère que, depuis le début, le projet porté par sa commune fait face à un « rejet complet » de la part du président de l'Agglomération, Christophe Rivenq.

Derrière le désaccord sur l'avenir de l'aérodrome se joue aussi une question de relations entre collectivités. Didier Salles estime que sa commune, malgré sa taille, doit pouvoir décider de son avenir et porter ses propres projets : « J’ai eu l’impression d’être avec Christophe Rivenq dans une position souverain-vassal. »

Christophe Rivenq, président d'Alès Agglo et maire d'Alès

Devant ces accusations, le président de l'Agglo répond : "Je respecte tous les maires de l'agglo, celui de Deaux comme les autres, nous avons d'ailleurs toujours eu des rapports apaisés. Je n'alimenterai donc pas de polémique sur un sujet sensible comme celui-ci." Christophe Rivenq maintient "défendre l'argent public" et insiste que "l'équipement a été payé par les Alésiens, ils n'ont pas à le payer deux fois". D'autant plus qu'il estime à 1,5 million d'euros le montant des travaux à mener pour réhabiliter pleinement l'activité aéronautique.

Sébastien Ombras, maire de Vézénobres "regrette que l’Agglo et la CCI n'aient pas pu se mettre d’accord. L'aérodrome n’a pas amené le développement espéré, d'accord, mais quand même. "Malheureusement, les dés sont un peu jetés", déplore l'édile.

Sébastien Ombras, maire de Vézénobres

Un projet qui doit encore franchir plusieurs étapes

Le dossier n'est donc pas totalement bouclé. La prochaine étape se jouera au conseil municipal de Deaux, avec le vote attendu du plan de financement. Si celui-ci est adopté, la commune pourra poursuivre concrètement les démarches permettant de finaliser le rachat auprès de la CCI. La chambre consulaire, de son côté, confirme désormais que la vente à Deaux est en passe d'être concrétisée. Le projet photovoltaïque devra ensuite suivre son propre parcours administratif et réglementaire, tout comme le rapport de l'aviation civile sur la possibilité de bien fermer l'aérodrome. Celui-ci sera rendu au premier trimestre 2027 et sera alors traité au second semestre, en pleine élection présidentielle, donc par un nouveau ministre... De quoi encore compliquer le dossier.

Après plusieurs années de discussions, d'appels à projets, de désaccords entre collectivités et de rebondissements, l'aérodrome de Deaux pourrait donc finalement changer de propriétaire. Et avec lui, de vocation.

Il vous reste 80% de l'article à lire.

Pour continuer à découvrir l'actualité d'Objectif Sud, abonnez-vous !

Votre abonnement papier et numérique
à partir de 69€ pour 1 an :

  • Votre magazine en version papier et numérique chaque quinzaine dans votre boite aux lettres et en ligne
  • Un accès illimité aux articles exclusifs sur objectifsud.fr
Romain Fiore et Corentin Dimanche

Actualités

Voir Plus

A la une

Voir Plus

En direct

Voir Plus

Studio