À Arles
Comme dans de nombreuses villes, à Arles, le mouvement de protestation du 17 octobre contre la vie chère est protéiforme et les actions spontanées. Pas de blocage du rond-point du Vittier au-dessus de la RN113 comme prévu au petit matin, mais un rassemblement dès 9h30 au kiosque à musique au milieu du marché. Des lycéens qui ne voulaient pas que le mouvement retombe pendant les vacances étaient au rendez-vous, de même que des étudiants, des parents d'élèves, des profs et de nombreux citoyens solidaires. "Il y a tellement de choses qui ne vont pas : l'augmentation des prix, la répression policière, la montée du fascisme décomplexé. On a subi un été de canicule, mais on ne parle plus du réchauffement climatique. Il est temps de se réveiller, de bouger et que le mouvement vienne d'en bas car les politiques sont hors sol", assure Juliette, la quarantaine. Rosine, venue de Fontvieille, soutient le mouvement lycéen. "C'est insupportable de voir des jeunes qui réclament des moyens pour leur éducation et la fin de Parcoursup être traités ainsi, à coup de tirs de LBD. On ne peut accepter que les riches s'enrichissent toujours plus, que les pauvres deviennent toujours plus pauvres, que les services publics comme l'éducation et la santé manquent de moyens. Il faut un partage plus juste des richesses et la fin des cadeaux fiscaux..."
Derrière la banderole "Gilets jaunes, jeunes, même misère, même combat", les manifestants ont défilé dans les rues d'Arles avant de rejoindre le rond-point du Vittier en fin de matinée, puis de bloquer la RN113 dans les deux sens. Au total, la manifestation qui s'est déroulée dans le calme a rassemblé entre 400 et 500 participants. La circulation a été perturbée sur la voie rapide, mais aussi au centre-ville où le cortège est revenu vers 12h30, empruntant un circuit aléatoire. Les lycéens toujours mobilisés pendant les vacances attendent des réponses concrètes à leurs revendications et se disent déterminés à reconduire leur mouvement à la rentrée s'il n'y a pas d'avancée.
À Nîmes
À Nîmes, les gilets jaunes avaient prévu de bloquer le péage de l'autoroute Nîmes-Ouest à 8h, mais il y avait trop peu de manifestants pour assurer l’action. Dans la foulée, à 11h au Bar du Midi, c’était un atelier de confection de pancartes en vue de la manifestation de 14h qui était prévu dans l’arrière-salle. Quelques jeunes motivés et des slogans qui annonçaient la couleur, le tout dans la bonne humeur d’un samedi matin de vacances. « On a un peu peur de la police qui est violente alors, on fera attention ! »
Entre 11h et 13h sur l’avenue Feuchères, la traditionnelle manifestation pour la Palestine a réuni son habituel public, mais c’est sur les coups de 14h que les choses devaient avancer. Les gilets jaunes prévoyaient un rassemblement devant la gare quand le reste des manifestants s’était, lui, donné rendez-vous aux Jardins de la Fontaine pour un long cortège qui devait sillonner les boulevards Gambetta, puis Courbet, avant de terminer non loin de la préfecture. Finalement ? Quai de la Fontaine, boulevard Victor-Hugo, arènes, Feuchères, préfecture… Puis le cortège s’est dissous et une grande partie a filé sous la trémie de la gare routière (où quelques problèmes ont été rencontrés) pour aller jusqu’au périph (aux 7 collines où d’autres problèmes sont survenus).
À l’entrée du premier parc public ouvert au monde, les groupes de manifestants étaient plus nombreux que d’habitude, le signe d’une organisation multiple.
Ici un couple de quadras, là quelques étudiants, 30 mètres plus loin des syndicats et derrière eux des retraités puis, encore des lycéens et étudiants. Plus jeune que les habituelles manifs, celle du jour était tout aussi imprévisible. Les gens venaient manifester, simplement. Quelques jeunes cagoulés et venus pour tout sauf pour manifester dans les règles de l’art étaient eux aussi de la partie… Des milliers (probablement plus de 5 000) de manifestants, mais, dans leurs rangs, quelques dizaines de casseurs.
Une fois le cortège initial terminé, quelques jeunes cagoulés et venus pour tout sauf pour manifester dans les règles de l’art se sont montrés. Des centaines de personnes qui ont semé le désordre sous la trémie de la gare, au centre commercial des 7 Collines, en s’en prenant à la devanture de quelques magasins, en dégradant les ronds-points les amenant jusqu’en Ville Active où, rebelote, d’autres incidents sont intervenus.
Enfin, via l’avenue Maréchal-Juin, quelques voitures ont dû être amochées par la troupe qui n’avait clairement plus aucun cadre. Les policiers, dépassés, n’ont pas pu faire grand-chose car très largement en sous-effectif. Le péage Nîmes-Ouest, qui devait être bloqué ce matin et pour lequel quasi personne n’est venu au rendez-vous, a fermé sur les coups de 17h pour assurer la sécurité des automobilistes. Une fin de journée amère pour les « vrais » manifestants.
À Alès
Plus d’un millier de personnes ont défilé dans les rues d’Alès ce samedi 17 octobre, à l’occasion d’une journée de mobilisation marquée par la convergence de plusieurs mouvements. Gilets jaunes, syndicats, lycéens, militants anarchistes, retraités et monde ouvrier se sont retrouvés pour exprimer leur colère face au coût de la vie, aux inégalités sociales et à la situation politique.
Dès le matin, les premiers manifestants se sont rassemblés aux abords de la rocade sur le rond-point de la 2x2 voies menant à la RN106. Si la mobilisation était encore modeste en début de matinée, les participants sont progressivement arrivés, parfois salués par des automobilistes qui manifestaient leur soutien à coups de klaxon. Parmi eux, Michel, 59 ans, retraité depuis huit ans, ne cache pas sa colère. « On n’arrive pas à finir les fins de mois. La vie est trop chère », résume-t-il, dénonçant la perte de pouvoir d’achat. Pour lui, les retraités sont nombreux à se mobiliser, mais aussi à penser à leurs enfants et petits-enfants, confrontés aux mêmes difficultés.
Dominique, qui vit à Alès et bénéficie d’une aide au logement, est également venue défendre son pouvoir d’achat. Malade et dans l’impossibilité de travailler, il explique que ses ressources ne lui permettent pas de faire face à l’ensemble de ses dépenses. « Je ne demande pas une augmentation de salaire, mais plutôt une baisse des prix », insiste-t-il. Avec un loyer de 600 euros, il estime ne pas pouvoir s’en sortir sans les aides au logement. « Si je n’ai pas les APL, je ne m’en sors pas. » Il déplore également une inflation qui, selon lui, n’est pas suffisamment compensée et regrette que les efforts demandés pèsent toujours sur les mêmes catégories de la population.
La mobilisation a également rassemblé des lycéens, dans la continuité des mouvements sociaux et des rassemblements de ces dernières semaines. À 16 ans, Lou a choisi de participer à cette journée avec sa mère. Pour la jeune fille, il s’agit avant tout de rendre visible une mobilisation dont les revendications dépassent les seuls établissements scolaires. Le port du gilet jaune renvoie aussi à un mouvement dont certaines demandes, estime-t-elle, n’ont pas été suivies d’effets. « Aujourd’hui, c’est surtout l’occasion de se montrer », explique-t-elle.
Sa mère, Émeline, est venue soutenir les jeunes générations. Enseignante depuis 25 ans dans l’Éducation nationale, elle s’inquiète des conditions dans lesquelles les lycéens évoluent et de la réponse apportée à leurs revendications. « Je trouve que ce qui se passe en ce moment est irresponsable de la part de la police. C’est à nous de les encadrer et de leur répondre, mais pas par la violence », estime-t-elle.
La mère de famille dénonce notamment la réponse des forces de l’ordre lors des récentes mobilisations lycéennes à Alès. Elle regrette également le recul du dialogue entre les institutions et les jeunes. « Je suis là pour mes enfants. Ma vie est faite, mais je suis inquiète pour les gens et pour les générations qui arrivent », explique-t-elle. À ses yeux, les difficultés sociales, les inégalités et les inquiétudes liées à l’avenir climatique rendent d’autant plus nécessaire une prise en compte des préoccupations des jeunes.
Dans l’après-midi, la mobilisation a pris de l’ampleur. Plus d’un millier de manifestants ont quitté la sous-préfecture avant de descendre le boulevard Louis-Blanc, puis de rejoindre le square Arnaud-Beltrame. Le cortège a ensuite longé la Grand-Rue Jean-Moulin et le quai Boissier-de-Sauvages, dans une manifestation qui aura duré environ une heure et demie.
Au fil du parcours, les différents groupes ont défilé ensemble, donnant à cette journée des airs de convergence des luttes. Gilets jaunes, organisations syndicales, lycéens, militants anarchistes et représentants du monde ouvrier ont ainsi partagé les rues du centre-ville autour de préoccupations sociales communes, malgré des sensibilités et des revendications parfois différentes.
Le défilé s’est déroulé dans le calme. Quelques incidents ont toutefois été signalés au retour vers la sous-préfecture, aux alentours de 16 heures, lorsque des jeunes ont incendié des poubelles. Des faits qui sont venus ponctuer une journée principalement marquée par la mobilisation et l’expression collective d’un mécontentement social.
À Bagnols-sur-Cèze
« Quand il n’y a plus rien dans le frigo le 10 du mois, les gens se révoltent. » Dominique Vervacke explique sa présence parmi la vingtaine de gilets jaunes mobilisés sur le rond-point de l'Europe à Bagnols-sur-Cèze. « Les Français sont à genoux », explique-t-elle, dénonçant le poids des dépenses de carburant, d’alimentation et de logement. Les signes de soutien des conducteurs ne lui suffisent plus : elle les invite à rejoindre la mobilisation. « On ne se met pas dans la rue parce que c’est une partie de plaisir », insiste-t-elle.
Dominique Vervacke tient aussi à l’indépendance du mouvement à l’égard des partis politiques. « On est là pour le peuple et pour soutenir le peuple », affirme-t-elle. Aux jeunes mobilisés, elle adresse également un message : « On les soutiendra jusqu’au bout. » Vers midi, les manifestants ont remonté l’avenue de l’Europe en direction du centre-ville, provoquant un ralentissement de la circulation. Dans l’après-midi, certains ont rejoint la mobilisation à Avignon.
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