Publié il y a 50 min - Mise à jour le 30.09.2026 - Yannick Pons - 4 min  - vu 38 fois

FAIT DU SOIR Au plateau de Signargues, le calcaire a la vie dure

L’unité de décarbonatation de l’usine André-Savonne

- @Yannick Pons

Aux Angles, sous le double viaduc du TGV qui franchit le Rhône, un nouveau bâtiment accueille l’unité de décarbonatation de l’usine André-Savonne. Un investissement de 1,732 million d’euros hors taxes qui adoucit l’eau des cinq communes du plateau de Signargues. En service depuis novembre 2025, l’unité doit arroser la totalité de leur réseau dès 2027.

Encore ce satané calcaire. Dans la région, ça fait longtemps que le lave-vaisselle blanchit les verres et que les chauffe-eau s’entartrent à en mourir. Il s’accroche aux robinets, s’accumule dans les canalisations et laisse le linge rêche, accroché aux pinces sur le fil des étendoirs. Aux Angles, les cinq communes du Syndicat mixte des eaux du plateau de Signargues ont décidé de retirer une partie du calcaire avant qu’il n’arrive jusqu'au robinet des habitants.

L’unité de décarbonatation de l’usine André-Savonne • @Yannick Pons

Au pied du double viaduc du TGV, du côté des Angles, au nord du Rhône, l’usine André-Savonne occupe le site des Issarts. Elle porte le nom d’une figure locale, l’ancien maire de Rochefort-du-Gard et président du syndicat, également international français de rugby à XIII, décédé en novembre 2000. Les forages puisent l’eau dans la nappe à une vingtaine de mètres de profondeur, les installations la traitent afin de la rendre potable. L’unité de décarbonatation installée dans un nouveau bâtiment fonctionne depuis novembre 2025.

Eau adoucie, mais facture salée ?

Un investissement de 1,732 million d’euros hors taxes. Louis Donnet, président du syndicat, précise que la hausse sur la facture des abonnés, déjà appliquée en 2025, représente 50 centimes par mètre cube. Soit environ 60 euros par an pour une consommation de 120 m³, la référence retenue pour une famille de quatre personnes.

Il compare ce supplément aux quelque 150 euros d’entretien annuel d’un adoucisseur individuel. À Domazan, il estime que 40 % des foyers en sont équipés. Pour ces habitants, le traitement collectif peut permettre de se passer de leur appareil et d’économiser son entretien, mais aussi le sel et l’eau consommés lors de son fonctionnement. Avec un gain environnemental notable.

Le tartre alourdit également les dépenses d’énergie. En se déposant sur les résistances, il augmente la consommation nécessaire pour chauffer l’eau et accélère l’usure des appareils. Selon Louis Donnet, « le dispositif peut doubler la durée de vie de certains équipements », notamment d’un chauffe-eau. Des économies difficilement chiffrables qui varient selon les installations et les usages de chaque foyer. Ainsi, le sous-préfet Yann Gérard y voit « un gain direct pour le pouvoir d’achat et une amélioration tangible du service public de l’eau ».

Au coeur du réacteur de l'usine de décarbonnatation automatisée • @Yannick Pons

Rochefort-du-Gard, Saze, Domazan, Estézargues et Théziers se sont unis dans le but de produire et distribuer l’eau à près de 13 000 habitants, sur 165 kilomètres de réseau. Une commune seule ne peut assumer la gestion et le financement d’un tel ensemble. Même réunies, les cinq collectivités doivent solliciter des aides pour mener leurs chantiers. « Sans eux, le syndicat ne pourrait pas porter seul ces chantiers », rappelle Louis Donnet, en remerciant les partenaires financiers. Il précise que le syndicat investit « près de 700 000 euros de fonds propres chaque année ». La réflexion sur le calcaire remonte à la fin des années 2000, sous la présidence de Francis Fabre, son prédécesseur. Une dizaine d’années de discussions, de comparaisons techniques et de visites précèdent le choix du procédé proposé par la Saur, chargée de l’exploitation du service. Le SMEPS et la Saur financent l’usine. Le Département du Gard, l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse et l’État participent au financement des travaux sur le réseau.

Louis Donnet constate aussi l’accumulation de tartre dans les conduites de distribution, à l’occasion des travaux sur les fuites du réseau. Selon lui, réduire ces dépôts doit améliorer le débit de l’eau et prolonger la durée de vie des canalisations.

Cinq communes dès 2027

Toutes les communes ne reçoivent pas encore la même eau. Saze et une grande partie de Rochefort-du-Gard sont entièrement alimentées depuis André-Savonne. À Domazan, Estézargues, Vaujus et sur le plateau de Rochefort, l’eau traitée est encore mélangée à celle des forages d’Aramon. Théziers dépend toujours de ces derniers.

L’objectif est de fournir les cinq communes à 100 % depuis l’usine des Issarts à mi-2027. Les deux forages d’Aramon seront alors conservés en secours. Ce basculement exige d’augmenter les capacités du réseau. Sur 3,6 kilomètres, une canalisation de 500 millimètres de diamètre remplace celle de 300 millimètres. Les pompes sont renouvelées et la distribution réorganisée depuis le réservoir de la Relance, à Domazan. Une conduite jusqu’alors utilisée pour acheminer l’eau depuis Aramon fonctionnera en sens inverse afin de desservir Théziers.

Ces opérations, ajoutées à des réhabilitations dans plusieurs communes, représentent 3,4 millions d’euros. Le Département et l’Agence de l’eau en financent chacun un quart. Une nouvelle tranche de 2,7 millions d’euros est prévue en 2027-2028, notamment à Rochefort-du-Gard et Théziers. L’État apporte son concours à cette suite du programme.

Une course aux fuites est lancée. Le rendement du réseau atteint 70,57 % en 2025. Louis Donnet annonce le renouvellement d’au moins deux kilomètres de canalisations par an. Le programme prévoit ensuite de renforcer d’autres conduites et d’augmenter les capacités de stockage au réservoir de Pigonnelier puis à Domazan, pour répondre aux besoins des cinq communes à l’horizon 2040.

Le calcaire finit en billes

L’eau puisée contient aussi du fer et du manganèse, traités sur place depuis une vingtaine d’années. La décarbonatation intervient avant cette filtration. Du sable très fin est introduit dans l’eau, puis de la soude provoque la précipitation du carbonate de calcium. Celui-ci se dépose sur les grains, qui grossissent jusqu’à former des billes. Elles sont extraites régulièrement, du sable neuf est ajouté et le pH de l’eau est ensuite ajusté.

L’usine fonctionne entièrement automatiquement, sous la surveillance des équipes de la Saur. Des sondes mesurent les paramètres de l’eau, suivis en temps réel par télégestion. Le procédé produit des granulés secs, valorisables en agriculture ou dans les travaux publics, sans générer de boues liquides nécessitant un traitement lourd.

La dureté initiale de l’eau atteignait 33 degrés français. Louis Donnet annonce désormais 16 à 18 degrés sur la desserte de Saze et d’une grande partie de Rochefort-du-Gard. L’eau reste minéralisée, mais elle dépose moins de tartre dans les installations domestiques.

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