Derrière ce désaccord, une question concrète et urgente se pose : qui a le droit d'utiliser quels terrains ? Et au milieu, des enfants qui ont arrêté le tennis.
Deux clubs, six terrains, une histoire commune compliquée
Pour comprendre la situation, il faut remonter à l'historique des deux clubs. Le TCU est le club historique d'Uzès, fondé depuis plusieurs décennies. Le TCD a été créé ultérieurement par M. Montméjan et s'est installé à la galerie des Patres. Aujourd'hui, les deux clubs coexistent sur un même site avec six terrains en green set. Le TCU en possède deux sur ce site, plus trois terrains en terre battue sur un autre emplacement. Le TCD dispose de quatre terrains en green set. Une configuration particulière qui est au cœur du conflit actuel.
Kevin Mercier, directeur sportif du TCU, et Laetitia Ferreira, présidente du club, ont souhaité s'exprimer publiquement pour donner leur version des faits. Selon eux, il y a trois ans, Kevin Mercier a proposé de fusionner les deux écoles de tennis, qui comptaient alors chacune entre 50 et 70 enfants, pour créer une structure commune de 100 à 140 jeunes sur les six terrains. Le projet bénéficiait du soutien du conseiller en développement de la Ligue Occitanie, Jean-François Lanac, et avait reçu des signaux favorables de la mairie. "La mairie nous avait dit : si vous vous regroupez, on s'engage à couvrir deux terrains pour permettre la pratique toute l'année. Ils nous ont également dit qu'ils nous octroyaient une aide de 1 000 euros pour accompagner le lancement", explique Kevin Mercier. Une réunion en mairie en mai 2026, en présence des deux élus aux sports, Fabrice Verdier et Franck Séropian, aurait selon lui abouti à un accord de principe du TCD pour avancer vers ce regroupement.
Mais au début de l'été, le Tennis Club du Duché est revenu sur sa décision. "Au début de l'été, le TCD a finalement renoncé au regroupement. Et à ce jour, je ne connais toujours pas les raisons précises de ce changement de position", déplore Kevin Mercier. Ce retrait tardif l'a placé dans une situation difficile : comptant sur la fusion, il n'avait pas recruté d'enseignant supplémentaire pour sa propre école de tennis. Pris de court en plein été, il n'a pas pu maintenir l'école de tennis du TCU dans des conditions correctes. Sur les 49 jeunes inscrits, seuls 12 ont finalement rejoint le TCD. "Les autres ont arrêté, du moins dans le cadre de nos deux structures. C'est précisément ce que je souhaitais éviter avec mon projet initial", dit-il.
La version du Tennis Club du Duché
Stéphane Toureille, président du TCD, livre une lecture différente des événements. Selon lui, il n'y a jamais eu d'accord acté à l'issue de la réunion en mairie. "On s'est donné le temps de réfléchir." Ce qui posait problème au TCD, c'était la forme juridique proposée : la création d'une troisième association commune pour accueillir les enfants des deux clubs. "Nous, on a refusé cette création de troisième association. Pourquoi mettre une troisième association sportive ? Déjà qu'il y en a deux, c'est amplement suffisant."
Le TCD avait alors proposé une alternative : que tous les enfants s'entraînent ensemble sur les six terrains, chacun gardant sa licence dans son club d'origine. Selon Stéphane Toureille, c'est le TCU qui aurait refusé cette contre-proposition, dix jours avant la rentrée. "Puis ils ont surtout décidé d'arrêter l'école de tennis. Donc nous, on a eu un afflux de gamins." Sur les deux terrains couverts promis par la mairie en cas de fusion, le président du TCD tempère également. "Ça, c'est une promesse de Fabrice Verdier. C'est facile de promettre des choses."
Une bataille de terrains qui s'invite dans la presse
Le fond du conflit actuel porte sur l'accès aux deux terrains en Green Set du TCU situés dans l'enceinte de la galerie des Patres, donc au milieu des terrains du TCD. Le TCD, qui accueille désormais plus de 200 adhérents contre 45 pour le TCU, demande à pouvoir les utiliser notamment le mercredi pour ses jeunes. "Nous, on a des gamins qui s'entassent sur quatre terrains au lieu de six, alors qu'ils ne sont jamais occupés", souligne Stéphane Toureille. Pour appuyer sa demande, le TCD a lancé une pétition auprès des parents de ses élèves, une démarche que le TCU juge particulièrement malvenue. "Pourquoi en arriver à une pétition alors qu'une solution collective avait été proposée plusieurs mois auparavant avec le soutien de la Ligue Occitanie et de la mairie ?", s'interroge Kevin Mercier.
Du côté du TCU, la réponse est ferme. Les terrains sont nécessaires à leurs propres adhérents, notamment en période hivernale ou lors des épisodes pluvieux, quand les terres battues deviennent impraticables. "Nos membres payent une cotisation annuelle pour accéder à toutes les installations. Nous ne pouvons pas placer les enfants, les enseignants et nos adhérents dans des conditions où ils pourraient se retrouver sans terrain", explique Kevin Mercier. Le TCU estime par ailleurs que le TCD dispose de créneaux horaires disponibles, notamment le lundi soir et le samedi matin, pour accueillir ses groupes sur ses quatre terrains sans avoir besoin d'emprunter ceux du TCU.
La mairie en position d'arbitre
Au cœur de ce dossier, la mairie d'Uzès se retrouve dans une position délicate. Les deux clubs sont des clubs municipaux, et la gestion des terrains relève in fine de la collectivité. Les deux camps attendent d'elle une prise de position claire. Stéphane Toureille réclame une convention d'utilisation des infrastructures qui attribuerait des créneaux équitables en fonction du nombre d'adhérents de chaque club. "La mairie fait un peu l'autruche et ne peut pas accorder des créneaux pour les jeunes le mercredi", regrette-t-il.
Franck Séropian, adjoint au sport de la Ville d'Uzès, confirme la tenue de la réunion et l'accord qui semblait s'en dégager. "Pour moi, on était tombés d'accord sur une école de tennis unique. On avait discuté, et on était partis là-dessus." Il précise que la proposition ne nécessitait ni la création d'une troisième association ni un changement de bureau, simplement une entente entre les deux clubs, chacun conservant ses licenciés. La mairie s'était engagée à verser 1 000 euros pour le lancement et à couvrir deux terrains, une promesse réitérée lors de cette réunion. "On l'a redit à la réunion, on l'a redit à la réunion."
Sur le revirement du TCD, l'élu dit ne pas en connaître les raisons précises. "Le problème, c'est que le TCU me dit qu'ils ont refusé sans connaître la raison, et de l'autre côté, le TCD me dit que c'était parce qu'ils ne voulaient pas d'une troisième école. Mais il n'y avait pas de troisième école." Franck Séropian exprime sa perplexité face à une situation dont les deux clubs avaient tout à gagner, et souligne que les enfants en sont les premières victimes. "Je pense que les deux clubs avaient tout intérêt à créer cette école de tennis commune, et surtout pour les enfants." La mairie, désormais en position d'arbitre entre deux clubs municipaux aux versions contradictoires, n'a pour l'heure pas tranché sur la question de l'accès aux terrains du TCU.