Publié il y a 9 h - Mise à jour le 14.10.2026 - Julia Razil - 4 min  - vu 309 fois

FAIT DU JOUR Le Rhône en crue : un test grandeur nature dans 8 communes

Poste de commandement au Symadrem, à Arles.

- J.Rz.

Mardi, le Symadrem a organisé un exercice de simulation d'une crue du Rhône sur le modèle de celle de 1994. Une centaine de personnes ont été mobilisées à Arles, Beaucaire, Tarascon, Saint-Gilles, Vauvert, Port-Saint-Louis, aux Saintes-Maries-de-la-mer et à Fourques. 

10 heures, ce mardi 13 octobre, au Symadrem, à Arles. Toutes les équipes sont sur le pont. Depuis la veille au soir, le Rhône est en alerte. Dès le niveau 2, chaque agent a rejoint le poste de commandement. Au même moment, dans les hôtels de ville des communes riveraines (Fourques, Tarascon, Beaucaire, Saint-Gilles, Vauvert, Arles, Port-Saint-Louis-du-Rhône et les Saintes-Maries-de-la-Mer), un poste de commandement s’organise aussi. L’heure est à la surveillance des digues, et le niveau d’alerte monte d’heure en heure.

Pas de panique : il s’agit d’un exercice. Un test grandeur nature, dans les conditions du réel, calqué sur la crue de janvier 1994, où le débit du Rhône avait atteint 10 200 m³/seconde. "Le but de cette journée est de mettre en œuvre l’ensemble du dispositif en réponse à une crue, de la pré-alerte à l’alerte 4 (seuil maximum), en associant tous les acteurs et de tester le respect des procédures et le maniement des outils", explique-t-on du côté du Symadrem (Syndicat mixte interrégional d’aménagement des digues du delta du Rhône et de la mer).

Une centaine de personnes mobilisées

Depuis leur PC, les équipes du syndicat surveillent les ouvrages, analysent la situation hydraulique, coordonnent le dispositif, déclenchent les niveaux d’alerte sur les digues et informent les communes et l’État du danger. Mais les communes ont aussi leur rôle. Dès l’alerte 2, elles mobilisent leurs équipes pour surveiller les secteurs attribués, faire remonter les informations et organiser la mise en sécurité des populations.

Sur le terrain, ce mardi, les équipes de surveillance ont arpenté des kilomètres de digues sur l'ensemble des huit communes pour repérer toute anomalie, "réagir au plus vite pour réduire le risque de brèches". Trois entreprises locales de BTP étant en lien direct avec le Symadrem pour intervenir rapidement si nécessaire. Ces anomalies, appelées "désordres" dans le jargon, peuvent être des venues d’eau, des cas d'érosion, d'affaissement, des fissures ou encore une surverse.

Côté Gard, à Fourques, l’exercice s’est déroulé toute la journée de mardi. La commune bénéficie d'un sacré atout : sa réserve communale de sécurité civile qui rassemble une soixantaine de bénévoles, "ce qui est exceptionnel pour une commune de notre taille", souligne Nadine Castellani, première adjointe au maire, qui tient le poste de commandement. Et bonne nouvelle : une quinzaine de nouveaux réservistes viennent d’intégrer le dispositif. "Les plus expérimentés en profitent pour les former sur le terrain." Le prochain défi : attirer des 20-30 ans.

Au PC de Fourques. • J.Rz.

À Fourques, la vigilance est ancienne. Avant même la création des réserves, des bénévoles, notamment des agriculteurs, surveillaient déjà le Rhône, sans organisation. Depuis 2005, la loi sur la sécurité civile permet de couvrir réservistes et véhicules par la mairie, car la surveillance peut s’avérer dangereuse. "Dans le village, tout le monde est sensibilisé. La population a cette culture du risque."

Les réservistes travaillent par équipes de trois. L’un dépose ses deux coéquipiers en début de secteur, puis va les attendre à l’arrivée. Un seul trajet, et une surveillance possible côté Rhône comme côté terre. Reliés par radio au Symadrem, qui géolocalise les signalements, les réservistes sont entendus en direct au PC, qui peut intervenir si besoin. La digue fourquésienne s’étend sur une vingtaine de kilomètres, découpés en tronçons de 2 à 3 km. "Certains en ont déjà fait deux et repartent pour un troisième, on leur prépare des sandwichs !", lance la première adjointe au milieu d'un PC où règne une bonne ambiance.

Sur le terrain, la procédure est toujours la même : l’équipe appelle le PC à son arrivée sur le secteur, puis à son départ. En alerte 2, la relève entre deux équipes ne doit pas excéder une heure, pour ne jamais laisser la digue sans surveillance. En cas de "désordre", le PC prévient le Symadrem, qui contacte le garde-digue chargé d’évaluer son ampleur et la nécessité d’une intervention d’urgence. En alerte 3, la surveillance est assurée 24 h/24. En alerte 4, où s’est achevé cet exercice de simulation, les équipes se retirent pour des raisons de sécurité et les gardes-digues prennent le relais.

Bernard et Bernard, réservistes en surveillance sur les digues du Rhône. • J.Rz.

En début d'après-midi, après une courte pause sandwich, Bernard et Bernard - "ça ne s’invente pas"-, retraités fourquésiens et "réservistes avant même la création de la réserve", repartent pour un troisième tour, sur 2 km cette fois. "On a dû faire 6,5 km depuis ce matin." Munis d'un gilet de sauvetage - "obligatoire, même malgré la chaleur" -, d'une ligne de vie et d'une radio géolocalisée, l’un avance sur la crête, tandis que l’autre est en pied de digue. Ils cherchent les désordres fictifs placés en amont par le Symadrem.

À l’heure du bilan, les équipes de surveillance se sont montrées efficaces. Mais qu'on ne s'y trompe pas. Dans une situation dite "proche du réel", les conditions ne sont évidemment pas les mêmes. "Aujourd'hui, la météo est idéale, il ne pleut pas, il fait beau..." Mais les deux hommes n’ont pas oublié la crue de 2003, quand les choses se présentaient autrement. "Le Rhône était très haut, il faisait nuit, on percevait de drôles de bruits…" Et ce jour-là, ce n’était pas un exercice.

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