C'est au sein du siège de la CCI Hérault à Mauguio que le président André Deljarry a souhaité réunir la presse pour sa traditionnelle rentrée, dressant les grandes lignes des mois à venir et le constat d'un territoire qui subit la situation économique française. Au lendemain des élections sénatoriales, qui voyaient quatre sénateurs/sénatrices être élus, André Deljarry se félicite de voir surtout quatre personnes avec qui il pourra travailler. Car même s'il y a du changement, "une belle continuité se profile sur le territoire".
"Les entreprises attendent de la lucidité, une vision et de l'action", affirme en préambule le président, qui précise que ce sont exactement les missions portées par la chambre économique : anticiper, accompagner et construire l'économie de demain. Et pour démarrer, les résultats annuels de l'évaluation des réseaux ont été dévoilés, mettant en avant "l'efficacité avec des indicateurs clairs et termes de qualité de satisfaction et d'impact" (étude OpinionWay).
"Les résultats sont à la hauteur de notre engagement et posent des chiffres objectifs sur l'importance de notre réseau", se félicite-t-il. 84 % des plus de 104 000 entreprises seraient satisfaites de l'accompagnement fait au quotidien par la CCI Hérault. 85 % des collectivités également. L'enquête relève aussi deux milliards d'euros de création de valeur par les entreprises accompagnées par les Chambres de commerce. "Si je partage ces chiffres, c'est qu'ils sont importants au regard du contexte actuel, et plus que jamais on le voit bien, les chefs d'entreprise ont besoin de nous".
Contexte économique tendu
Cette rentrée s'ouvre avec de nombreuses incertitudes sur différents plans : politique, économique et international, qui entravent donc l'activité économique. "Le contexte n'est pas bon, certes, on ne va pas se le cacher. Et l'économie se durcit avec les entreprises également bridées par la surfiscalité et la surréglementation." Près d'une entreprise sur deux dans l'Hérault déclarerait une baisse de chiffre d'affaires. Commerce, BTP, hôtellerie-restauration… personne n'est épargné.
Le constat reste cependant un peu contrasté. Sur le Bitterrois, le président du tribunal de commerce fait état d'une situation préoccupante. Pour la première fois, des entreprises emblématiques ont rencontré de graves difficultés économiques. La filière viticole, quant à elle, est aussi particulièrement fragilisée, confrontée à une conjoncture défavorable qui pèse sur l'activité : l'arrachage y est de plus en plus nombreux. L'URSSAF et la DGFIP présentent toutefois des indicateurs globalement positifs. L'emploi salarié poursuit sa progression et les recettes TVA restent dynamiques.
La création d'entreprise dans l'Hérault reste également soutenue. Pratiquement deux fois plus de sociétés se sont créées au même moment par rapport à l'année dernière. En septembre 2025, on comptait 3500 créations, pour plus de 6700 en 2026. "Comme nous avons beaucoup de TPE sur le territoire, on s'en sort plutôt pas mal", constate André Deljarry.
Cela s'explique par l'attractivité du territoire. État, région, département, métropoles, communautés de communes, agglomérations, chambre de commerce et agences de développement sont autant de partenaires et de relais pour la totalité des entreprises du territoire. "Ensemble nous déployons tous une série d'outils pour passer le cap".
"Solutio", la solution de la CCI
Cet outil permet d'accompagner les entrepreneurs, créateurs, repreneurs à chaque étape de la vie de leur entreprise. Une offre mise également à disposition des collectivités. Le CIP (Centre d'information et de prévention des difficultés) est aussi un outil partenarial et impératif pour la totalité des entreprises. Au sein de la CCI, une équipe est totalement dédiée à cette cause, en lien avec l'ensemble des partenaires.
Le premier obstacle venu des dirigeants reste le déni face aux premières difficultés, ce que regrette le président. Et trop de patrons restent isolés. C'est pour cela que la "Rentrée des Réseaux" a été créée. Pour information, plus de cinquante réseaux d'entreprises existent dans le département. "Avec le CIP, on voit les personnes en toute tranquillité, on analyse avec eux leurs entreprises et on trouve des solutions", promet André Deljarry. Et plus de 80% des entreprises qui passent par le CIP s'en sortent. Les rendez-vous sont gratuits et confidentiels.
Quatre priorités
Le premier défi fixé par la CCI Hérault, c'est la préservation des entreprises et la préparation des transmissions (un des enjeux majeurs des futures années). Quand une entreprise ne trouve plus de repreneurs, elle disparait avec ses emplois et son savoir-faire. Plus de 300 000 entreprises sont à reprendre au niveau national, 15 000 dans l'Hérault et près de 40 000 emplois au passage (soit plus de 15 % des entreprises).
Une grande opération territoriale a été lancée. Nommée "Objectif Transmission", elle s'articule autour d'une dizaine de rencontres jusqu'à la fin de l'année, pour mettre en relation repreneurs et cédants, afin de sécuriser la totalité des entreprises et projets.
Deuxième axe : un travail de valeur ajoutée sur l'économie touristique. La saison 2026 confirme que l'Hérault reste attractif, mais que les comportements de consommation sont en mutation. Le tourisme représente 5,3 milliards d'euros dans le 34, soit 24 % de retombées en Occitanie et plus de 32 000 emplois, avec des pics à 49 000 au meilleur de la saison. Entre 50 et 56 millions de nuitées sont enregistrées à l'année.
Les visiteurs sont présents mais privilégient les courts séjours et les offres ciblées. "Notre défi est de créer davantage de valeurs économiques pour nos entreprises, en proposant de nouvelles expériences." Cela passe par la qualité, l'innovation, l'événementiel et la montée en gamme des offres. "Il faut peut-être plus d'événements sur l'Hérault", pense André Deljarry.
La CCI continue de travailler sur l'arrivée de tour operators et l'accompagnement de professionnels grâce à la charte Croisière Durable, permettant une offre différenciante, des conseils et un accueil bilingue. Et le collectif montpelliérain "Languedoc Camargue" permet de promouvoir la destination et d'augmenter le potentiel de l'aéroport. Volotea a confirmé l'arrivée de quatre nouvelles lignes, dont Bristol (Angleterre).
Troisième axe : la création d'un laboratoire du commerce. "Les soldes d'été ont été décevants, la fréquentation est en baisse et le consommateur est un individu prudent." La transformation structurelle pousse à modifier les repères historiques. Dès début octobre, un laboratoire de réflexion "totalement inédit" sera lancé sur l'avenir du commerce de proximité, réunissant économistes, universitaires, écoles de commerce et futurs consommateurs. "Cela débouchera sur une feuille de route opérationnelle, grâce à une pluralité d'experts pour actionner les principaux leviers opérationnels." La restitution se fera au mois d'avril.
Chantier ANIMA
"C'est plus de quinze ans de convictions personnelles, pour construire l'économie de demain. Celle qui crée des ponts et des filières, qui décloisonne et donne le sens à l'avenir", affirme André Deljarry. ANIMA se veut un marqueur de territoire construit autour de deux piliers : la jeunesse et les entreprises. Le campus proposera un écosystème dédié à l'enseignement supérieur, à la formation professionnelle et à l'accompagnement des entreprises en Occitanie.
Ses 28 000 m² de surface de plancher accueilleront près de 7 500 étudiants, apprentis et stagiaires. Le projet compte trois bâtiments en R+7. MBS y occupera 20 000 m², Purple Campus 4 000 m², et les deux CCI (Hérault et site de Montpellier de la CCI Occitanie) 2 000 m² chacune. "Le lieu va générer plus de 300 millions d'euros de retombées économiques annuelles pour le territoire", se frotte les mains André Deljarry. L'inauguration est prévue, si tout va bien, pour septembre 2027 et coûtera environ 25 millions d'euros, avec des financements de nombreuses collectivités.
Enfin, le dernier axe concerne l'intelligence artificielle. Un sujet déjà entamé, sur lequel la CCI Hérault compte accélérer. "100 % des entreprises sont concernées. L'IA va redéfinir la façon dont les entreprises produisent, décident, innovent, recrutent et collaborent". Une cellule dédiée va être créée, pour développer des compétences avec les collaborateurs et permettre de maîtriser cet outil. "C'est un potentiel qui est méconnu par les dirigeants", assure le président.