Publié il y a 9 h - Mise à jour le 05.10.2026 - Corentin Corger - 4 min  - vu 184 fois

FAIT DU JOUR Il y a 40 ans, la radio locale Canal 30 cessait d’émettre

frédéric pouget canal 30

Quarante ans après, Frédéric Pouget n'a pas oublié Canal 30

- Photo Corentin Corger

Les nuits à dormir au studio, les interviews de Mats Wilander, Nimeno II, le mariage de Yves Monrousi... Frédéric Pouget revient sur la folle aventure à Canal 30. Une radio locale nîmoise dont il était animateur en 1986 pour sa disparition sur la bande FM et qu'il a fait revivre 32 ans plus tard sur le web. Retour sur un pan de l'histoire radiophonique de Nîmes. 

« Vous écoutiez Canal 30 sur 95.6 ! », cette phrase prononcée le vendredi 26 septembre 1986, après avoir diffusé comme dernier titre « Every Breath You Take » de Police, a profondément marqué l’animateur Frédéric Pouget. Quarante ans plus tard, jour pour jour, ce Nîmois de 60 ans a encore le poil qui se hérisse quand il revient sur ce moment où il a mis fin à Canal 30, une radio locale installée à Nîmes. Tout commence en 1979, lorsqu’Henri Chappert, directeur du foyer des jeunes travailleurs à Nîmes, décide de créer une radio câblée destinée aux résidents. En novembre, il décide de faire de « Canal 30, Radio du Pays Gardois », une radio pirate en la diffusant illégalement sur la bande FM.

Malgré un avertissement de l’État, Henri Chappert décide d’écrire au Premier ministre de l'époque, Raymond Barre, lui assurant qu’il garderait cette radio coûte que coûte. Arrive l’élection de François Mitterrand en tant que président de la République en 1981 et la libération des ondes. De nombreuses radios locales apparaissent sur Nîmes. Henri Chappert décide de donner la fréquence ainsi que le matériel, la moitié au Midi Libre et le reste à la famille Gayet pour structurer et développer Canal 30. En 1983, la radio déménage au 24 boulevard Victor-Hugo et prend un nouveau tournant. Un directeur d’antenne est recruté, un service commercial est créé ainsi qu’une rédaction avec des journalistes. À l’antenne, de la culture, de la musique (plutôt pop rock) et de l’info.

"J’ai monté les escaliers de la mairie à côté de Bernard Tapie"

C’est à ce moment-là que le jeune Frédéric Pouget, passionné de radio, décroche son premier job à 18 ans. « Le matin, j’ai raté le bac et à 14 heures Canal 30 m’a embauché comme journaliste et animateur », se souvient l’intéressé. On lui confie même la mission de monter un service des sports. En 1985, la radio retransmet les rencontres sportives en direct. « À Pablo-Neruda, les Volle, Derot, Portes me disaient : Fred, tu parles trop fort, je commentais à 20 centimètres au bord du terrain », se souvient-il alors qu’il gérait l’USAM, qui figurait parmi les meilleures équipes du hand français. Jean-Claude Beguerie assurait les directs du Rugby Club Nîmois au stade Kaufmann, alors dans l'élite, et le duo composé d’André Perselot et Lakdar Benchabanne faisait vivre les matchs de Nîmes Olympique, alors en D2, au mythique stade Jean-Bouin. « Une fois j’ai dû les remplacer, c’était contre Montceau-les-Mines et à la fin du match j’ai interrogé un certain Patrick Champ, alors entraîneur adjoint », raconte Frédéric Pouget au sujet de celui qui 33 ans plus tard deviendra son acolyte lorsqu’il fera revivre Canal 30 en web radio à partir de 2018.

fred pouget canal 30 NRJ Nîmes
Frédéric Pouget à l'antenne en 1987 lorsque Canal 30 est devenu NRJ Nîmes • Photo collection privée Frédéric Pouget

1985, une période faste pour Canal 30 et son slogan « La radio active » chanté dans les jingles par une certaine Liane Foly (à écouter ici). La catastrophe de Tchernobyl en avril 1986 obligera les techniciens à couper ces jingles pour éviter tout malaise à l’antenne. Mats Wilander, légende du tennis, passera en direct à l’antenne après avoir remporté le Trophée Phillips dans les arènes. Des souvenirs en pagaille pour Frédéric Pouget, dont deux qui l’ont particulièrement marqué : "L’interview en studio de Nimeno II, à deux reprises, et le mariage d’Yves Monrousi pendant la feria des Vendanges. J’ai monté les escaliers de la mairie à côté de Bernard Tapie et quand je suis rentré dans la salle, il y avait tout Paris, c’était incroyable !".

"Je sortais en discothèque, je dormais au studio"

De grands moments de vie et Canal 30 finit par être rattrapée par la réalité des audiences, qui ne sont pas au rendez-vous. Cette dernière subit aussi la concurrence de Radio Némo (ex-Radio Cigale), reprise en 1986 par le maire de Nîmes Jean Bousquet qui met les moyens pour en faire la radio de la municipalité. « À cette époque, beaucoup de radios locales se sont vendues à des groupes, il y avait une envie de gagner de l’argent, souligne Frédéric Pouget qui met donc fin à l’histoire de Canal 30. C'était ma vie, le vendredi soir je sortais en discothèque, je dormais au studio et je faisais la matinale le samedi matin. J’en ai chopé des bronchites. » Midi Libre et la famille Gayet choisissent la franchise NRJ. Le jeune Nîmois fait partie des quelques rescapés et travaille sur la création de NRJ Nîmes. Il aura l’honneur de lancer la station le 7 novembre 1986 sur le 101.5. Sur le plan commercial, le succès est immédiat, « les entreprises signaient en bas sur le comptoir du bar les contrats publicitaires. »

L’animateur est ensuite recruté en tant que directeur des programmes à NRJ Avignon, mais l’aventure tourne court. En tant que pigiste, il présente le magazine des sports le week-end de 1993 à 1995 sur NRJ Nîmes. Nommé directeur régional chez Total, sa carrière radio s’arrête là. Mais pas sa passion ! En 2018, il décide de faire renaître Canal 30 en tant que web radio. Une véritable station qui tourne en continu avec 2 000 heures de titre en rotation et des émissions enregistrées. La première lancée, c’est JazzOmania avec Stéphane Kochoyan, diffusée aujourd’hui sur 39 radios FM en France et en Belgique.

Saga Crocos pour les amoureux du Nîmes Olympique et enregistrée aux Halles de Nîmes, le cap des 300 émissions sera franchi dans quelques semaines. "En moyenne, on a 2 000 écoutes pour Saga Crocos, on est monté à 6 000 en Ligue 1 !", confie-t-il. Même en quatrième division, il continue à parler du NO entouré de sa bande composée aussi de Pierre Mosca. Sans oublier Chabala, pour évoquer l’actu de l’USAM et le California Spirit radio show consacré aux grands standards, diffusé sur plus de 40 radios. À la retraite dans un an et demi, Frédéric Pouget compte se consacrer essentiellement à son bébé radiophonique. « Je crois encore à la radio, j’ai envie de transmettre ma passion à des jeunes et de continuer à créer des podcasts », conclut l’intéressé qui, 40 ans plus tard, prend toujours le même plaisir à parler au micro de Canal 30 et c’est bien cela l’essentiel.

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