La cabanisation est un phénomène urbanistique bien connu dans le sud de la France, et particulièrement présent dans le Gard. Il s'agit de l'installation, souvent progressive et parfois illégale, de constructions ou d'habitations légères sur des terrains agricoles, naturels ou non constructibles. Mobil-home, piscine, caravanes, construction en dur ou encore bateaux utilisés pour y vivre, la cabanisation se matérialise de plusieurs façons.
Ces installations se font sur des zones classées agricoles (A) ou naturelles (N) dans les documents d'urbanisme, où la construction est en principe interdite ou très encadrée. Elles cochent un certain nombre de problèmes, que les communes cherchent à résoudre. Tout d'abord, elles grignotent des espaces agricoles ou des milieux naturels sensibles, parfois des zones humides ou inondables.
Les constructions se font souvent sans permis, sans raccordement légal aux réseaux, échappant ainsi aux règles d'urbanisme et à la fiscalité normale. Certains terrains sont également situés en zone à risque (inondation notamment), rendant ces habitations dangereuses. Et le phénomène touche à la fois des résidences secondaires "sauvages", des installations de loisirs détournées en logements permanents, et parfois des situations de grande précarité où des personnes s'installent faute de logement abordable.
Saint-Laurent-d'Aigouze tape du poing sur la table
Deux délibérations ont été votées au dernier conseil municipal de la commune, qui s'attaquent au phénomène de la cabanisation dans les zones agricoles et naturelles. La première portait sur une charte de traitement des demandes de raccordement provisoire à l'électricité, élaborée avec l'État et Enedis, afin d'éviter que des branchements provisoires ne servent à pérenniser des constructions irrégulières. La commune a choisi de désigner un référent chargé des échanges avec le gestionnaire du réseau, qui l'informera systématiquement de toute demande de raccordement. "Préserver notre foncier, c’est préserver l’avenir de notre commune, c’est une responsabilité que nous assumons aux côtés de l’État", assume le maire Thierry Féline.
La seconde concernait la mise à disposition, par la Direction départementale des territoires et de la mer du Gard, de l'application AIGLE. Cet outil, développé pour la DDTM de l'Hérault puis repris au niveau national, s'appuie sur l'intelligence artificielle pour repérer, à partir de photographies aériennes prises à différentes périodes, des constructions susceptibles d'être irrégulières en zone agricole ou naturelle. La convention, gratuite et conclue pour un an renouvelable, précise que toute détection devra être vérifiée sur le terrain avant toute décision administrative. "En signant cette convention avec la DDTM, nous nous donnons les moyens d’agir de façon coordonnée et durable. Ce partenariat, c’est d’abord de la méthode et un dialogue durable au service de notre territoire", explique le premier édile.