Publié il y a 13 h - Mise à jour le 08.10.2026 - Tony Duret - 2 min  - vu 302 fois

ÉDITORIAL Sera-t-on la génération qui laissera planter des pylônes de 80 mètres de haut en Camargue ?

Que dira-t-on à nos enfants ? Que ces pylônes étaient nécessaires pour rester « compétitifs » ?

Tous les jours ou presque, les conséquences du réchauffement climatique nous rattrapent. On nous répète qu’il faut protéger la planète, préserver les écosystèmes, éviter la disparition des espèces. On nous présente des prévisions climatiques - qui seront peut-être encore revues à la hausse - annonçant qu’en 2050, le Gard pourrait connaître un climat comparable à celui de l’Andalousie d’aujourd’hui. Sans être alarmiste, il y a de quoi être inquiet. Surtout après l’été que nous venons de vivre. Et pendant ce temps, un autre débat agite l’est du Gard et les Bouches-du-Rhône : la création d’une ligne très haute tension (THT) de 65 km reliant Jonquières-Saint-Vincent à Fos-sur-Mer. Cette ligne électrique de 400 000 volts est destinée à alimenter les activités industrielles de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Elle permettrait la décarbonation du port de Fos-sur-Mer et créerait de l’emploi. Personne ne semble le contester. Mais à quel prix ? En contrepartie, le projet prévoit de parsemer la Camargue de pylônes de 60 à 80 mètres de haut. Il n’est pas besoin d’être un militant écologiste acharné pour s’en émouvoir. Il n’est d’ailleurs pas besoin d’être de gauche ou de droite, ni d’un extrême. Il suffit de se soucier de l’avenir de notre planète, de l’héritage que nous laisserons à nos enfants et de cette magnifique Camargue avec ses paysages naturels à couper le souffle. Comment expliquerons-nous à nos enfants la présence de ces pylônes en Camargue ? Cette terre où passent chaque année 400 espèces d’oiseaux, sur les 600 que compte l’Europe. Cette terre qui est le seul endroit en France où les flamants roses se reproduisent. Que leur dira-t-on ? Que ces pylônes ont créé de l’emploi ? Qu’ils étaient indispensables à notre compétitivité ? L’urgence ne sera-t-elle pas ailleurs dans dix, vingt, trente ou quarante ans ? Imaginons une seconde que nos priorités changent, notamment en raison du changement climatique, ne regretterions-nous pas alors cette décision ? Surtout qu’une alternative existe pour éviter ce carnage visuel et écologique : enfouir une partie de la ligne, voire sa totalité. Oui, ce sera plus cher et plus long. Mais le jeu n’en vaut-il pas la chandelle ? D’autant que ce ne serait pas une première. On pourrait même dire que c’est dans l'histoire de la Camargue, dans le sang des Camarguais, dans leurs gènes. Il y a près d’un siècle, le célèbre Folco de Baroncelli s’était opposé à l’installation de poteaux et de lignes télégraphiques, refusant de voir défigurer sa Camargue. Il avait gagné son combat. Aujourd’hui, nous sommes tous ses héritiers. À nous de gagner le nôtre.

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