Il y a des histoires qui méritent d'être racontées. Celle de Malika Gherdis en fait partie. Cette Nîmoise vient de recevoir, à l'hôtel de Matignon, le prix du général François Meyer pour son livre Malika, l'histoire d'une psychanalyse. Une belle reconnaissance pour cette femme qui a grandi dans le camp de harkis de Saint-Maurice-l'Ardoise. Une enfance douloureuse, une vie semée d'épreuves et un parcours assez incroyable. À quarante ans, alors qu'elle élève seule ses quatre garçons et conduit des bus à Nîmes, elle décide de reprendre ses études. Elle obtiendra plusieurs diplômes universitaires avant de devenir psychanalyste. Il fallait du courage. Et une sacrée volonté. Mais cette distinction raconte aussi une autre histoire. Celle de notre pays. Et de ses blessures. Car il faut bien le reconnaître, la France n'a pas toujours été à la hauteur avec une partie de ses enfants. Les harkis en savent quelque chose. Abandonnés pour beaucoup à la fin de la guerre d'Algérie, ceux qui ont pu rejoindre la métropole ont parfois été accueillis dans des conditions indignes. Leurs enfants ont grandi avec cette souffrance. Et souvent dans le silence. Sur ce sujet, il faut reconnaître une chose à Emmanuel Macron. Depuis son arrivée à l'Élysée, il a fait de la reconnaissance des mémoires blessées un sujet important de ses mandats. Avec les harkis, bien sûr, mais aussi plus largement avec les différentes populations marquées par la colonisation et la guerre d'Algérie. Tout n'a pas été réussi. Et les relations avec l'Algérie montrent combien le chemin reste compliqué. Mais on ne peut pas lui reprocher d'avoir voulu regarder cette histoire en face. Ni d'avoir cherché à réconcilier les différentes mémoires qui composent notre pays. Il faut aussi saluer le travail de Françoise Dumas. L'ancienne députée gardoise préside depuis 2024 la Commission nationale indépendante des harkis. Sous son autorité, le travail de reconnaissance et de réparation se poursuit. Plus de 26 000 personnes ont été indemnisées pour près de 265 millions d'euros. Cela ne réparera jamais les années perdues. Mais c'est déjà une manière pour la République de reconnaître ses responsabilités. Au fond, c'est peut-être cela le plus important. Accepter notre histoire dans toute sa complexité. Avec ses grandeurs, ses réussites, mais aussi ses erreurs. Reconnaître les souffrances des uns n'enlève rien aux autres. Et aimer la France, ce n'est pas fermer les yeux sur son passé. Cette semaine, Malika Gherdis était à Matignon, entourée de ses enfants. Une belle revanche sur la vie. Et surtout un symbole. Celui d'une France qui n'oublie pas ceux qu'elle a trop longtemps laissés de côté.
Publié il y a 13 h -
Mise à jour le 09.10.2026 - Abdel Samari - 2 min
ÉDITORIAL Malika, une histoire française
Malika Gherdis entourée de ses enfants, lors de la remise du prix Général François Meyer à l’hôtel de Matignon.
- Photo DRLe parcours extraordinaire de cette Nîmoise, récompensée à Matignon, nous rappelle les blessures d'une partie de notre population. Et l'importance de ne pas les oublier.
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Abdel Samari