Faire reconnaître les paysages de Camargue au patrimoine mondial, alors qu’un projet de ligne à très haute tension pourrait modifier ces horizons sublimes que nous aimons tant. Le 16 septembre, à la Maison de Ma Région de Nîmes, Véronique Jullian présentait cette difficulté. L’association La Camargue à l’Unesco s’inquiète de la présence annoncée de pylônes de 60 à 80 mètres dans le territoire qu’elle défend. « C’est un contresens, c’est un problème de compatibilité », estime-t-elle. Sans contester le besoin d’électricité pour Fos, l’association défend l’enfouissement des lignes.
Convaincre sur les deux rives
La région Occitanie soutient désormais cette candidature. Katy Guyot, conseillère régionale chargée du plan Camargue, explique avoir reçu les représentants de l’association l’an dernier, puis sollicité Carole Delga. La présidente de Région a jugé la démarche légitime.
Mais le soutien politique reste incomplet. L’Occitanie, le département du Gard et plusieurs communes et intercommunalités soutiennent l’action. De l’autre côté de la Camargue, ce n’est pas la même chanson. Les Saintes-Maries-de-la-Mer ont affiché leur appui, mais Arles manque à l'appel.
Changement d’orientation
Trois ans ont passé depuis les premières alertes de Bernard Poujol, également à l’origine du projet. En septembre 2023, nous racontions dans nos colonnes l’engagement de ce riziculteur qui confiait à des canards le désherbage de ses rizières. Alors président de l’association, il s’inquiétait de la salinisation des terres, de la montée des eaux et de l’avenir du Rhône.
Véronique Jullian est récemment devenue présidente, et l’orientation du dossier a changé. En avril, elle défendait encore une candidature exclusivement naturelle, craignant qu’une démarche mixte n’achoppe sur les traditions taurines. Aujourd’hui, elle explique que les échanges institutionnels ont justement conduit l’association à envisager une candidature naturelle et culturelle. « On va perdre quelques années, mais en plus, je pense qu’on va y gagner en humanité. »
La candidature pourrait-elle peser contre la ligne THT ? « Ça peut être un argument », répond Katy Guyot. Mais l’élue rappelle surtout que la Camargue bénéficie déjà de plusieurs reconnaissances, notamment celle de réserve de biosphère. « Il y a quand même beaucoup de classements qui devraient conduire l’État et RTE à être beaucoup plus vigilants sur la préservation des paysages. »