À chaque départ en retraite, des patients se retrouvent sans médecin. À Beaucaire, Adina Dinu et Mariel Autard ont initié la création d’une plateforme de santé. Depuis l’ouverture du lieu, les deux généralistes de Bouillargues viennent consulter à Lo caïre et préparent l’arrivée, en novembre, de deux docteures juniors qu’elles encadreront un jour et demi par semaine. Elles espèrent leur transmettre suffisamment de patients, d’expérience et d’envie de rester, avant de retrouver leur cabinet de Bouillargues.
« Je me dis que peut-être on a déjà réussi à sauver des vies, et j’en suis même persuadé »
Mercredi soir, les deux médecins ont ainsi inauguré cette plateforme territoriale de santé au 27 boulevard du Maréchal-Joffre, aux côtés du maire Nelson Chaudon et du sous-préfet Philippe Dumas. Les Beaucairois connaissent déjà l’endroit. Depuis l’ouverture au mois de juin, près de 500 personnes ont été accueillies. « Je me dis que peut-être on a déjà réussi à sauver des vies, et j’en suis même persuadé », confie le maire.
L’histoire commence par des actions de prévention proposées à la commune par la Communauté professionnelle territoriale de santé de Costières en Camargue (CPTS). Lors d’une réunion en mairie, la conversation se déplace vers les cabinets qui ferment et les médecins qui manquent. Nelson Chaudon se souvient de deux départs supplémentaires à la retraite à son arrivée à la mairie. « On était déjà dans le rouge, on se retrouve vraiment dans le noir à ce moment-là. »
Adina Dinu, présidente de la CPTS, et Mariel Autard, sa vice-présidente, proposent alors de créer un lieu capable de réintégrer des patients dans un parcours de soins. La municipalité dispose d’un local qu’elle destine depuis plusieurs années à un projet social ou médical. Elle le met à disposition, les services techniques le rénovent. Durant des mois, les médecins et la commune travaillent aux dossiers, négocient les soutiens et franchissent les obstacles administratifs. Le maire revendique une promesse tenue, mais reconnaît le rôle décisif des deux praticiennes. « Je me suis occupé du foncier », rappelle-t-il.
Médical et social
Lo caïre accueille des habitants du territoire atteints d’une maladie chronique et dépourvus de médecin traitant. Les infirmières, dont deux en pratique avancée, assurent les premières consultations. Un bilan de 45 minutes permet de reconstituer le dossier médical, de repérer les besoins et de préparer les examens nécessaires. Les généralistes assurent ensuite les consultations et le suivi. La maison de santé Terre de Béliers, à Bouillargues, assure le cadre juridique de l’activité médicale.
Les difficultés sociales peuvent aussi éloigner des soins. La plateforme associera les services sociaux et les associations à son activité, notamment à travers des ateliers de prévention. Philippe Dumas annonce 130 000 euros de financement de l’ARS et l’arrivée d’un adulte-relais début 2027, chargé de la médiation en santé et de l’accès aux droits.
À Beaucaire, Célia Roig-Pons était là le jour de l’inauguration du lieu où elle exercera en novembre, tout comme Julie Chevalier. Les deux jeunes praticiennes y trouveront des patients, une équipe et deux généralistes prêtes à les former. Adina Dinu et Mariel Autard espèrent qu’elles y trouveront aussi une raison de s’installer.
À Alès, une expérience similaire montre toutefois combien ces structures demeurent fragiles. Présente à l’inauguration, la médecin Amandine Salanova défend la pérennisation des financements de son pôle de santé ambulatoire, qui a inspiré Lo caïre. Elle refuse de voir l’avenir du dispositif reposer sur ses seules épaules. « Je ne peux pas tenir toute seule », prévient-elle.
Infos pratiques
Lo caïre, 27 boulevard du Maréchal-Joffre, à Beaucaire. Accueil sur rendez-vous des patients atteints d’une maladie chronique, sans médecin traitant, résidant dans l’une des treize communes de la CPTS de Costières en Camargue. Renseignements et rendez-vous au 04 49 23 22 01 ou par courriel à msplocaire@gmail.com. Demande également possible sur le site cpts-costieres.org.