La dernière grève d'envergure du personnel des écoles remontait à 2023. Elle avait duré trois mois et la détermination des agents avait fini par faire plier la Ville. Qu'en sera-t-il cette fois-ci? Difficile à le dire, mais d'ores et déjà, au moins 23 écoles seront concernées par cette nouvelle grève demain, mardi 6 octobre, avec des répercussions sur les activités périscolaires et la restauration. La Ville d'Arles publie sur son site la liste des établissements concernés et les dispositions prévues dans certaines écoles.
Le conflit couvait depuis plusieurs semaines. "Depuis la rentrée, on s'est aperçus que les contrats des personnels remplaçants avaient été supprimés ou modifiés sans aucune information, et que les renforts prévus pour les agents présentant des restrictions médicales ou des pathologies nécessitant un aménagement de poste avaient également été supprimés", explique Kader Bouaziz, secrétaire général de la FSU Territoriale 13 de la Ville d'Arles. S'ajoute à cela "la suppression du mouvement des écoles, un dispositif qui existait et fonctionnait très bien depuis 40 ans (il permettait aux agents d'être prioritaires lorsqu'un poste devenait vacant, Ndlr) sans avoir discuté de la mise en place d'un autre dispositif !"
"Des économies sur le dos des écoles"
Pour le syndicat, la raison de toutes ces suppressions est simple : "la Ville veut faire des économies, et elle le fait sur le dos des écoles. Dans les faits, cela se traduit par moins d'effectifs dans les écoles et des répercussions directes sur l'hygiène, la sécurité et l'accueil des enfants !" Kader Bouaziz en veut pour preuve que, depuis cette rentrée, "il faut désormais trois jours d'absence avant qu'un agent ne soit remplacé". Côté remplaçants, les contrats ont été chamboulés : "Certains ont des contrats de 12 heures, d'autres de 18, d'autres de 2 heures ! Comment voulez-vous vivre avec ça ? La direction leur dit de ne pas s'inquiéter, qu'ils feront plus. Mais ce n'est plus possible. Il y a un ras-le-bol du personnel, face à ces conditions de travail, cette précarité et ce mépris de la direction !"
Dès ce mardi 6 octobre, la FSU appelle donc le personnel des écoles à se mobiliser. Derrière cette grève, des revendications qui touchent aux conditions de travail, mais aussi à la reconnaissance de ces métiers. Outre le rétablissement du mouvement des agents, l'ouverture d'un plan pluriannuel d'intégration pour les agents en situation de précarité contractuelle, la restitution des renforts pour les personnels présentant des restrictions médicales, le syndicat demande une revalorisation de l'IFSE (indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise) à la hauteur des missions, ainsi que l'attribution d'une nouvelle bonification indiciaire aux agents travaillant dans les établissements classés en réseaux d'éducation prioritaire (REP et REP+).
Une première réunion de négociations s'est tenue jeudi dernier, mais selon le syndicat, plus de deux heures de discussions n'auront pas suffi à obtenir des réponses claires. Face à ce qu'elle qualifie de "fin de non-recevoir", la FSU estime que la négociation n'a pas apporté les garanties attendues. Les agents des écoles sont appelés à se mobiliser pour obtenir des réponses "à la hauteur de leur engagement quotidien auprès des enfants et des familles arlésiennes".
Silvère Bastien : "La balle est dans leur camp"
Alors que la FSU Territoriale 13 appelle les agents des écoles à la grève ce mardi 6 octobre, Silvère Bastien, l'élu en charge des écoles s'exprime sur ce conflit qui débute demain. "Jeudi dernier, à la table des négociations, je pensais que le protocole d'accord allait être signé", assure-t-il, tout en reconnaissant que certains points restent à trancher. Sur la revalorisation indemnitaire notamment, il est catégorique. "L'augmentation du RIFSEEP n'est pas possible." Concernant la nouvelle bonification indiciaire (BNI) réclamée pour les agents en REP et REP+, "nous n'y sommes pas opposés, mais il faut d'abord la travailler, en sachant que les points de BNI ont été augmentés sous l'ère Schiavetti. Si on en attribue, il faudra les retirer à d'autres agents, dans d'autres services."
Sur le chantier de la pénibilité, l'élu balaie d'un revers de main l'argument syndical. "C'est une façon subjective de voir les choses. La collectivité n'a jamais dit qu'il n'y aurait plus de renforts pour les agents avec des restrictions médicales. Nous sommes en train de tout remettre à plat, de réactualiser. De même avec tous les contrats, d'où un flottement passager depuis septembre." Et l'élu de pointer du doigt un discours "biaisé" de la part de la FSU.
Sur les remplacements, "avant 2020, il fallait quatre jours d'absence pour être remplacé. Depuis 2020 et le Covid, zéro jour de carence. Ce qui a engendré une explosion des coûts de fonctionnement dans les services et il y a eu des abus." Désormais, le dispositif vise un remplacement effectif à partir de l'arrêt de travail. "Les ATSEM et cuisinières sont remplacées immédiatement", pour les agents d'entretien et les aides-cuisinières, un délai administratif de deux jours peut s'appliquer si les documents ne sont pas transmis rapidement.
Quant au mouvement des écoles, supprimé par la municipalité, l'élu ne le regrette pas. "C'est un mouvement opaque qui empêchait certains agents de la collectivité de se positionner dans les écoles et qui bloquait énormément la mobilité. Nous avons aujourd'hui des agents âgés, plus en capacité d'assurer des horaires lourds, et nous devons pourtant les maintenir à leur poste."
Silvère Bastien justifie la refonte globale par l'état des finances locales. "La collectivité a des coûts de fonctionnement exponentiels, nous devons revoir notre voilure. Nous sommes obligés de recourir à des heures supp' ou à des vacataires pour remplacer des titulaires qui ont fait leur quota. Nous ne sommes pas en mesure de continuer comme ça, nous devons revoir l'organisation de tous ces contrats." Et de conclure : "Négocier en disant oui à tout, ce n'est pas possible. La balle est dans leur camp (la FSU, Ndlr). Nous n'avons jamais dit que nous ne négocierions pas, mais négocier sans travailler ce n'est pas possible. Il faut être responsable, de notre part et de la leur."